Communiqué commun aux contributions écologie positive

Publié le : 04 août 202013 mins de lecture

Faisant le constat de leurs convergences, « Ecologie Positive » et « Europe, écologie et démocratie : les clés de l’avenir » ont décidé d’unir leurs forces pour le prochain Congrès.

Ces convergences portent d’abord sur l’orientation politique nationale en faveur d’une écologie des solutions pour toutes et tous, revendiquant positivement les choix stratégiques effectués par notre mouvement. Elles pensent également l’outil et l’espace européens comme indispensables à la réinvention des solidarités et à la création de nouveaux paradigmes écologiques. En interne, les deux contributions veulent promouvoir plus de démocratie dans le fonctionnement de notre mouvement pour le rendre plus en prise avec la société. Elles partagent enfin le projet de prendre pleinement part à la construction d’une motion à vocation majoritaire, avec Pascal Durand comme candidat au secrétariat national.

Une coordination est mise en place pour concrétiser cette alliance et préparer en concertation les prochaines étapes en vue du dépôt des motions.

EUROPE, ECOLOGIE ET DÉMOCRATIE : LES CLEFS DE L’AVENIR

Contribution

« Malgré un ancrage institutionnel inédit du mouvement écologiste au Parlement et au gouvernement, le doute s’est installé dans l’opinion sur notre capacité à peser sur le changement ». C’était notre constat aux journées d’été de Poitiers.

Après une année d’exercice gouvernemental et malgré le travail acharné des parlementaires, des ministres et des élues du mouvement, force est de constater que ce brouillage de notre image persiste. La stratégie « un pied dedans, un pied dehors » est mal comprise par nos électeurs : nous sommes nous-mêmes tiraillés entre une attitude critique prête à la rupture et une volonté de participation pétrie de doute face à une social-démocratie gestionnaire.

Le temps du bilan collectif est donc venu pour comprendre ce désarroi qui guette nos sympathisants et notre électorat et identifier les points d’appui susceptibles de redonner du souffle à nos idées dans la société. Ce nécessaire travail d’inventaire dépasse largement la question de la participation gouvernementale (ce débat viendra à la rentrée dans le cadre fixé par le conseil fédéral). Il s’inscrit dans un périmètre plus large qui comprend le projet d’EELV, son fonctionnement et ses choix stratégiques depuis la présidentielle. Il s’appuie sur la volonté de redonner une perspective positive aux écologistes pour relancer l’action gouvernementale en affirmant la nécessité d’une version 2.0 de l’écologie politique.

L’impossible économie du constat des crises

Ce travail s’appuie sur un constat des crises qui frappent de plein fouet nos concitoyen-nes.

Crise économique qui continue de fragiliser et transformer les équilibres sociaux issus du compromis fordiste et basés sur la nécessité d’une croissance forte.

Crise morale et politique qui a plongé, avec les différentes affaires politico-financières, une partie des Français dans une grande défiance envers la parole et l’engagement politiques et encourage la montée d’un populisme new-look face à des partis traditionnels atones.

Crise de la construction européenne incapable de trouver une gouvernance à la fois démocratique et efficace et qui de ce fait laisse les égoïsmes nationaux et les vieux souverainismes resurgir comme réponse toute prête aux problèmes complexes.

Crise sociale, de confiance, quand les Français disent être plus pessimistes que les Afghans sur leur avenir et quand les débats sociétaux sont l’occasion de crispations surannées.

Crise écologique  (des modèles de croissance, de production et d’existence) dont le constat fait désormais partie des inquiétudes communes, mais qui suggère tant de bouleversements qu’elle inhibe et angoisse.

Crise alimentaire enfin, résultant à la fois de l’artificialisation de l’agriculture – depuis les engrais jusqu’aux OGM – engagée dans les années 50 et du libéralisme de la Banque mondiale, qui a poussé tous les pays à se spécialiser dans les cultures d’exportation au détriment des cultures vivrières.

Mettre l’écologie au centre des politiques

Par son fonctionnement, son ouverture et les débats qu’il doit être capable de lancer, notre parti peut donner envie de faire de la politique, de rénover la démocratie française, de fonder une démocratie européenne cruellement manquante : c’est la seule manière de remettre l’écologie aux mains de nos concitoyen-nes et de la mettre au centre des politiques.

A un moment clé où le monde politique répond avec les idées d’hier et le « toujours plus », toujours plus de libéralisme pour les uns, toujours plus de nationalisme et de xénophobies pour les autres, toujours plus de productivisme enfin.

Aujourd’hui nous, parti écologiste, sommes au gouvernement et nous n’avons pas le droit d’échouer car l’alternative à notre échec tient en deux lettres F et N. Pas le droit de brader les services publics qui préparent l’avenir comme la petite enfance ou l’éducation, pas le droit de céder sur la mise en oeuvre de la transition énergétique, notamment fiscale, pas le droit d’oublier les inégalités notamment géographiques avec un Paris encore incapable de s’inscrire dans une région solidaire, pas le droit de renoncer à la défense des droits fondamentaux (droit d’asile, droit de vote des étrangers aux élections municipales), pas le droit de négliger la solidarité avec le Sud.

Il y a urgence à engager plus fermement la transition vers un modèle de développement soutenable, à remettre l’écologie au coeur des solutions pour donner un avenir à chacun-e, à casser la ségrégation territoriale qui mine la confiance dans la parole et l’action politique. Quel pays voulons- nous construire ? C’est la question qui nous est posée et le défi que nous devons relever.

A ce type de question, nous en sommes convaincus, seule l’écologie politique offre les bonnes réponses. Tâtonnantes certes, compliquées parfois. Mais c’est une issue réaliste et enthousiasmante quand d’autres n’en ont pas et que le Marché et la Religion apparaissent comme les valeurs triomphantes en ce début de siècle au point de vouloir devenir des références politiques.

Il est particulièrement dommage que nos gouvernants socialistes ne l’aient pas compris : nous devons sans attendre parler fort partout où nous sommes, ministères, mais aussi parlements locaux, nationaux et européens pour nous faire entendre. Les équipes qui travaillent avec nos élues, les commissions thématiques, la coopérative, nos militants, doivent investir les débats et participer à cet effort.

Car nous avons beaucoup d’atouts. Nous avons des solutions crédibles, concrètes et applicables immédiatement à proposer aux citoyens et à travailler avec eux. Et oui nous pensons les questions dans leur complexité. Nous portons un vif intérêt pour l’avenir (du court et du long terme), ce que les autres partis -pris entre stratégie marketing, désidéologisation et navigations à vue- ont peu à peu abandonné pour s’en remettre à la gestion du présent. Et aujourd’hui nous sommes ancrés dans les institutions : cela peut être une faiblesse, mais aussi une grande force.

Les écologistes ne doivent plus se constituer en avant-garde supposée, mais bien plutôt en laboratoire ouvert pour des expérimentations partagées. Nous sommes aujourd’hui forts d’une histoire, d’un appareil théorique et scientifique, de luttes qui ont montré toute leur pertinence. De Plogoff avec René Dumont aux anti-OGM avec José Bové, de Hans Jonas à Réné Passet ou Tim Jackson, nous pouvons être fiers d’une galaxie écologiste qui a montré la justesse de ses alertes et la crédibilité de ses solutions. Nous devons les actualiser sans cesse et les confronter dans une vocation majoritaire.

Pour cela, il faut nous organiser pour consulter, convaincre et coopérer avec une société qui attend beaucoup de solutions mais qui craint pour son avenir.

L’écologie des solutions à l’écoute de la société

Il y a un hiatus entre nos certitudes doctrinales et l’écologie telle qu’elle est perçue et attendue par la multitude des citoyens. C’est l’écologie du quotidien (qu’ils expérimentent en nombre), que nos concitoyen-ne-s apprécient et désirent et cela loin d’un catastrophisme qui écrase la confiance dans l’avenir.

Cette transition écologique en marche les intéresse et même les enthousiasme quand les discours de mauvais augure les angoissent ou les perdent. Nous devons rapprocher l’écologie politique des citoyens en leur proposant une écologie des solutions (écologie de terrain, écologie pragmatique, écologie inventive) pour le vivre ensemblequi réponde concrètement et rapidement à leurs besoins. L’enjeu est ici de convaincre de la pertinence de nos approches bien au delà des thématiques étroitement et traditionnellement écologistes. Il manque encore pour cela un grand récit écologiste, audible et crédible, qui parle de toutes et tous. Il manque un laboratoire collectif pour l’échange des idées et des projets. Et sans doute l’EELV d’aujourd’hui est-il encore trop englué dans les querelles de pouvoir et les mauvaises dépenses d’énergie pour assumer pleinement cette tâche.

Il est temps de balayer devant notre porte. Rien n’est plus décevant qu’un parti qui prône la politique autrement et peine à respecter quelques principes fondamentaux de fonctionnement démocratique.

L’ouverture et l’exigence démocratique doivent être au coeur de la démarche écologiste. Plus que jamais, il faut changer la politique.

Nous devons aussi exprimer un espoir et donner un écho et une structuration aux infra-mouvements de notre société, à tout ce que le tourbillon médiatique ne voit pas mais qui refonde de manière sereine et profonde le pays et ses pratiques. Les milliers d’initiatives qui jaillissent des territoires, les expérimentations locales, les luttes ponctuelles sont les « arts de faire » d’une société en mouvement. Mais encore faut-il les connaître et les faire connaître ! Et nous sommes peut-être à la peine de ce point de vue. Perdus dans un long moment de structuration interne, exposés par une participation à un gouvernement sans forte ambition écologiste, au travail dans les institutions, nous nous sommes parfois éloignés de cette société bien souvent en avance sur le temps politique.

Nous devons enfin d’urgence élaborer une stratégie européenne de sortie de crise avec le Parti Vert européen à partir des principes développés dans l’appel d’Athènes « pour reconquérir l’espace public et démocratique ». Rappeler inlassablement aux autres partis européens, qui pour la première fois, de manière irresponsable, votent un budget communautaire en baisse, qu’il n’y a pas de solutions nationales et que l’Europe fédérale est la solution à la crise.

L’écologie politique doit à la fois renouveler ses constats, repenser son style, ses méthodes et ses approches politiques. Elle doit surtout redonner confiance dans notre capacité à inventer l’avenir à des citoyen-nes tenté-es par la fuite dans l’abstention, la dépolitisation ou le populisme.

Elle doit persévérer dans ce qui fait sa force, à savoir sa capacité à agir ici, en gardant toujours à l’esprit la vie et les droits de ceux qui habitent dans d’autres régions de la planète et de ceux qui constituent les générations à venir.

Il nous revient de combattre l’affaissement démocratique européen. Notre parti a la capacité d’ouvrir les débats, de proposer des modèles écologistes qui ont fait leur preuve localement ou dans d’autres pays. Il doit proposer en modèle une dynamique constante entre les mouvements populaires et les institutions par nos propres représentants et tous ceux qui sont convaincus de cette démarche.

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